Il faut sauver le soldat Master ! par Simone Harari

Invitée à donner la leçon inaugurale du Master audiovisuel, (celui que l'on continue d'appeler le DESS de Sabatier -du nom de son fondateur- et dont les anciens élèves forment le dynamique Media Club), j'ai appris que ma leçon serait celle de l'ultime promotion de ce Master qui venait d'être administrativement supprimé par décision de sa propre université, Paris I !
Il faut sauver le soldat Master !
Il faut préserver une formation qui réunit des enseignements pratiqués par des universitaires et par des professionnels, qui développe chez ses élèves un esprit entrepreneurial et créatif, qui complète des compétences juridiques par des notions d'économie, de marketing, de commercial et d'analyse audiovisuelle.

Ces métiers sont nouveaux, ils représentent une interface entre les créateurs et le grand public, ils sont à la source de création de richesses et d'emploi. Pourquoi casser ce qui marche ? Sans doute ces métiers ne sont-ils pas assez connus ni reconnus.
Le travail avec les artistes est méconnu. Pour la plupart, ils n'ont pas seulement besoin d'être financés mais aussi accompagnés, et rassurés, personnellement tout comme pour une sécurité juridique, et une optimisation de l'exploitation de leurs œuvres. Ils ont aussi souvent besoin d'être créativement aidés pour trouver leur place face aux demandes des télévisions, face aux modes du moment, aux caprices du public. Quelle part écouter ? Dans quelle mesure n'obéir qu'à son inspiration ? Cet équilibre est précisément celui auquel ceux qui contribuent à l'audiovisuel doivent, chacun dans son domaine, travailler.

Quand j'ai commencé comme productrice, les Auteurs seuls comptaient, le public était peu ou pas pris en considération. Après un excès, l'autre : aujourd'hui aucun autre critère que le chiffre d'audience n'est pris en considération.... Dans la logique des chaînes de télé commerciales, ce prisme étroit est celui de leur modèle économique. Dans la logique d'un service public moins dépendant des financements publicitaires, on devra de plus en plus se demander qui regarde (et pas seulement combien ils sont) et si ça leur a apporté quelque chose (une détente, un plaisir, un enrichissement...) ?

J'ai essayé aussi au cours de cette leçon d'imaginer avec eux combien ce secteur allait changer. L'Internet offre la possibilité de choisir ce qui m'intéresse, quand je veux, où je veux, c'est une mutation profonde. La programmation par une chaîne était rigide mais donnait à chacun accès à ce qu'il n'avait pas idée de vouloir ou d'aimer. En revanche une recherche sur Internet suppose des goûts et des centres d'intérêts. Il y a sans doute une autre « fracture numérique » qui n'est pas liée à l'équipement et à la connexion mais à la capacité d'avoir des repères pour savoir choisir « son » programme.

Les télés commerciales du monde de demain vont connaître de plus en plus de difficultés pour demeurer généralistes, elles risquent d'avoir comme principal public ceux qui privilégient le bonheur d'une forme de passivité dans leurs loisirs. Elles auront moins de besoins de programmes mais voudront plus de hits... sans prendre de risques.
Le service public devra, dans un univers transformé par l'hyper-choix de la TNT, être re-légitimé, re-défini, re-expliqué. Il a sa place, selon moi dans son périmètre actuel, avec une chaîne généraliste et des chaînes plus spécialisées, encore faut-il qu'il puisse assumer sa différence en étant soutenu, défendu (et aimé ?) par l'Etat, son actionnaire .... et sa quasi-seule source de recettes.

Ces élèves ont une chance folle d'aborder ce métier à un moment aussi passionnant de mutation, où plein de choses nouvelles sont à imaginer et à mettre en place ! Et le métier a besoin d'eux, formés de façon ouverte et pluri-disciplinaire. Je vais donc signer la pétition pour défendre le Master et écrire à mon amie Valérie Pécresse pour attirer son attention sur une mauvaise décision qu'il est urgent de rapporter.

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